Festival LEVITATION 2025 Nager ou Slamer ?

Il n’y a pas que les touristes et les baigneurs qui apprécient la canicule suffocante de ce mois de Juin 2025. Les organisateurs de festival et les vendeurs de bières se frottent eux aussi les mains. On comprend aisément que pour les premiers, c’est souvent le bulletin météo qui annonce la couleur de la billetterie et donc de la pérennité de l’évènement. Pour les seconds, étant donné qu’il y a de l’eau dans la bière, on ne peut que supposer, là aussi, des tirages exceptionnels. La buvette et la cuisine étant des services parfois assurées par le dit festival et ses merveilleux bénévoles, on ne peut donc qu’être satisfait en voyant le mercure grimper ce vendredi et surtout ce samedi 28 Juin au lac de Maine pour cette 12ème édition du Festival Lévitation (Angers).


Ne confondez pas le nouveau site d’implantation du festival avec les rives du Maine dans l’état de Washington USA. L’inversion pouvant avoir de lourde conséquence sur votre bilan Carbone et donc votre propre responsabilité vis à vis du réchauffement planétaire. Déjà qu’une année, vous aviez réservé un vol direct pour Austin, histoire de saluer les Blacks Angels !
Recentrons le débat sur la ville française jumelée à l’américaine, Angers.

Déménagement donc pour l’équipe organisatrice du festival, l’Association Levitation France. En partenariat avec Radical Production et Le Chabada. L’équipe a donc choisi le site du lac du Maine, sa pyramide transformée en QG de campagne et loges pour artistes, avec vue imprenable sur l’écrin de verdure, les rives du Maine et le clocher de la cathédrale.
La jauge est passée de 3000 à 5000 spectateurs et le goudron a fait place à l’herbe sèche et une terre légère prête à prendre les airs au premier courant sonore venue.

La volonté était d’aérer le site, le pari est réussi !
L’idée était d’assurer la survie du festival, dans un contexte de baisse des subventions et de nécessité de trouver mécènes et sponsors, l’effort semble payer !
Les partenaires historiques sont toujours présents et la jauge des spectateurs atteintes, on ne peut que s’en réjouir.
Les puristes trouveront toujours regrettable la présence d’une seule scène et des temps d’attente de 30 à 40 minutes entre deux concerts. D’autres trouveront la programmation moins bonne que d’ordinaire ( Il faut dire que certaines années elle était simplement exceptionnelle).
Du côté de l’Oreille Classée, rien de tout cela, le billet acheté fera office de mécénat et la quête du Grall  » l’accréditation photos », aboutira l’année prochaine, j’en suis sur !


Certes, la line up et la programmation de DITZ à 18h45 pouvaient surprendre, mais au final, cette éclatant démarrage reste le point fort des 12 concerts entendus.
En effet, Il ne fallait pas s’attendre à ce que le charismatique leader de DITZ, le bien nommé Cal Francis, s’en tienne à arpenter le seul plateau de la grande scène. Vous aurez beau ouvrir la cage aux fauves de bonne heure, l’animal sauvage s’échappe rapidement, fout une zone pas possible dans la savane du Lac du Maine, remue poussière et retourne littéralement le Lévitation . Ca ne lui suffisait pas non plus de grimper au rideau de son, désormais il marche sur l’eau (ou du moins il y plonge). En véritable Messi ou dieu Poséidon du son rock grunge abrasif, DITZ s’impose vraiment comme l’un des groupes les plus puissants de Brighton voir d’Angleterre.


Les italiens de NEW CANDYS (Fuzz Club) avaient ouvert le bal de belle manière, accompagnant leur musique sombre d’un habit noir collectif attirant la lumière et les premiers spectateurs. Le genre psych-rock, shoegaze, noise et électronique se doit d’ouvrir le Lévitation.


Je passerai les concerts de HINTS (trop pop) et KADAVAR (trop gras et bien trop de basse) pour éteindre cette première journée par BLONDE REDHEAD.


23h30 et la lumière tamisée fut ! Oh la belle fin de soirée proposée par Kazu Makino et ses 2 étoiles gémellaires Amedeo et Simone. Une nuit d’étoile filante, passée dans le ciel bleu du Lévitation, trop vite, mais si convaincante. Magique et esthétique. A la fois élégante, rêveuse et chaotique,mêlant shoegaze, dream pop, et parfois un son un peu plus musclé. Osmose des voix, émotion garantie. Parfait du début à la fin BLONDE REDHEAD ( moi je n’ai pas entendu les problèmes de sons) songe d’une nuit d’été.

Au dodo! à 2heurs du matin, il fait encore 26 °c en cet été de tous les d’Angers.

Le reste à charge de ce Samedi 28 Juin est REST up le jeune groupe plein de promesses qui représente l’entrée de la France dans le bal du son de ce festival. Future sensation et prochain album : « Real Sensations » enregistré en Angleterre et produit par Daniel Fox ( Gila Band) qui sortira le 26 septembre 2025. Un son tendu, chaud ( 34 °c) mais une jeunesse rafraichissante.

La line up se poursuit à pleine vitesse et ce sont déjà les 3, puis 4 anglais de HONESTY qui entament leur tour de chant collectif , rajoutant au déjà entendu shoegaze et krautrock, un son trip‑hop et des ambiances électroniques à porter de bob. Dommage que le son était vraiment très fort, le souffle ne m’a pas juste rafraichi, au contraire, il m’a saisi et a provoqué ma fuite sous l’arbre majeur du lac ( hommage à Mort Shuman).

18h10 , 37 degrés sur la cane (bière), l’oreille crémée est sur site depuis 2 heures à la recherche du son qui perle, comme les gouttes de sueur sur l’échine du chroniqueur.
Miracle de l’ombre portée, le 4ème concert s’écoute, si vous êtes observateur, à l’ombre d’une scène d’où le soleil se lève à l’Est. L’attente et le positionnement en ordre serré finit donc par payer quand la très attendue Jojo Orme alias HEARTWORMS pointe le bout de sa guitare du haut de sa silhouette longiligne en habit sombre (elle aussi).
On peut dire que l’investissement scénique et vestimentaire de l’anglaise, y compris dans une formule à trois un peu plus réduite que d’ordinaire, est constant. L’esthétisme de la jeune anglaise met à mal la vilaine canicule. Dès le début du concert elle fixe la foule, prête à dégoupiller le post-punk militaire de ses débuts sur l’EP A Comforting Notion ( titre « Consistent Dedication ») puis déroule un set plus consensuel et pop avec 7 morceaux de son album « Glutton For Punishment « sorti cette année.
La voix de Jojo Orme s’élève, autoritaire et hantée, elle emprunte déjà la dextérité lyrique d’une PJ Harvey, l’incantation douce d’une voix aérienne à la Natasha Khan (Bat For Lashes). Le chant habité de Josephine et ses postures théâtrales peuvent agacer certains, d’autres en revanche y verront du talent et de la classe. Une chose est sure, derrière ce regard perçant, une route est tracée et qu’importe la destination , ce qui compte c’est le voyage et sur le sol poussièré , il est aujourd’hui fort agréable.

19h, 1ere bière de la journée ! je reste fixé sur la barrière et guette l’arrivée de mes chouchous , les « ptis gars « de Hull (UK), les BDRMM (prononcé « bedroom »).

J’observe autour de moi et je les avais déjà vu passer, humblement arpenter le terrain de jeu. la preuve est faite que le talent et le succès ne chassent pas la modestie. J’avais pu observer également cet étrange arrosage tennistique du cours central par “Doudou” alias Christophe Davy le Fondateur de Radical Production et co createur du Lévitation et bien d’autres festivals. Preuve une nouvelle fois que « l’amour du maillot » ( engagement footballistique) est plus fort que le statut.

Bref! c’est donc à l’heure de l’apéro que les 4 anglais (es), désormais composés des historiques frères Smith ( Ryan au chant et Jordan à la basse) Joe Vickers à la guitare shoegaze et d’une nouvelle batteuse ( suite au départ de Luke Irvin), ont donc entamé un tour de chant immersif .
BDRMM, c’est la bande de copains, qui depuis 2019, nous régale d’une musique shoegaze/dream pop, qui sent si bon les années 90. Ces quatre là ( le job étant parfaitement assuré par la nouvelle venue), ne se contentent pas d’une rédite, les nouvelles influences post-rock et surtout électroniques de l’album Microtonic , complètent à merveille un set généreux, vivant et émouvant. L’atmosphère sonore dense, introspective et immersive nous plonge dans un présent joyeux, optimiste et cela fait un bien FOU. Merci Messieurs Dame les BDRMM.

Pour moi l’essentiel est fait 9 concerts sur 12. Je laisse se dérouler de façon plus distante les concerts à venir . Tout d’abord BRYAN’S MAGIC TEARS, que j’ai probablement un peu sous estimé approchant le groupe parisien par les titres « radio » « Stream Roller » ou « Stalker » ressemblant étrangement aux périodes Madchester de ma jeunesse.
Cerveau capricieux ( le mien) qui encense le retour des groupes (UK) de shoegaze et boude l’approche dance music et acid house de cette musique festive (FR). J’écouterais donc, pour ce second rendez vous, les BRYANS sur toute la longueur et prendrais je l’avoue, du plaisir ( sans les compléments alimentaires de l’époque) avec notamment le groove de la basse de Lauriane et le chant flottant de Benjamin.


C’est partie pour la ronde des prénoms et la fin de cette chronique.
C’est donc au tour de Lionel et Marie Limiñanas. La particule The s’accompagnant d’un chanteur et guitariste anglais Thomas Gorman (du groupe anglais Kill the Young) et de Keith Streng (guitare historique de The Fleshtones), entre autres. Mêlant vintage et modernité, garage roots et psychédélisme élégant, un concert des LIMINANA’S s’apprécie par ses paysages sonores cinématographiques qu’on peut observer de loin lorsqu’on commence à fatiguer ( L’oreille classée n’a plus 20 ans) ou de très près , voir du ciel quand on 12 ans et qu’on se met à slamer pour la première fois.
Bravo aux deux adolescents que j’ai vu tourner en cercle puis s’envoler pour être levés, portés et jetés au ciel comme une crêpe à qui on a pas besoin de dire d’y retourner. La pate était bonne , sans trop de grumeau et ça fait là, toute la différence.


Petite déception visuelle pour terminer un demi set de BOY HARSHER. Autant, Les beats minimalistes associés aux synthés froids de Augustus “Gus” Müller ont rendu l’air chaud respirable et dansable, autant la voix hypnotique de Jae Matthews, cheveux au vent est restée dark et répétée. Le public du premier rang lui s’est réjouit et s’est félicité de cette unique prestation française du groupe américain. Clap de Fin.

Nager ou slamer il fallait choisir? Les deux mon capitaine ! vous dira le soldat Cal Francis. Slamer se diront peut être en 2026 les jeunes angevins, aperçus cet été sur le sable de la plage du lac de Maine à seulement quelques encablures d’un festival fort, fort agréable. A l’année prochaine !

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