La Route du Rock Hiver #20. La bonne pêche

L’excitation du second jour est parfois atténuée par la fatigue qui se ressent, du jour d’avant. Ainsi parlent les festivaliers (grincheux), qui ont passé l’âge d’enchainer les soirées, sans se poser de questions. J’en fais partie et j’ai mal à la tête. C’est sans douté lié à mon nouvel ami que je porte autour du cou, c’est peut être aussi en raison du bol d’iode humé en ce samedi 7 mars, sur le front de mer de la plage du Sillon, où le soleil ne réussira pas à percer de la journée, que je suis brumeux de mer ! C’est mieux que la pluie diront les optimistes !

Voilà pour la mise en situation, nous avons rendez-vous ce soir dès 20h30 avec une bête à poil nommée Chaton Laveur. Vous l’aurez deviné, le nom du groupe (belge) est un jeu de mot inspiré de raton-laveur, c’est à la fois insolite, attendrissant et facile à retenir. Ce clin d’œil reflète bien l’identité du groupe qui cultive, sur disque, un univers créatif, décalé et plein d’autodérision, dans la même veine que leur musique « mignon, absurde et mémorable ». Le duo Chaton Laveur, formé par Julie Odeurs et Pierre Lechien, développe un univers indie singulier que l’on retrouve notamment dans leurs deux albums, État Sauvage (2024) et Labyrinthe (2026). Une bonne entame de soirée et une jolie découverte. Mieux qu’un Doliprane !

Rosa Ronsdorf et Nina Jong forment le duo néerlandais Spill Gold.
Rosa chante et joue des synthétiseurs, tandis que Nina crée des rythmes percussifs hypnotiques. Explorant un univers musical mêlant krautrock, psychédélisme, synth pop expérimentale et musique électronique, elles composent des morceaux immersifs mêlant sons et rythmiques singuliers particulièrement mélodiques et dansants. Une fois qu’on a dit cela, on ne peut que vous encourager à écouter l’album Zaza (2024) où les deux musiciennes affirment une identité artistique unique. Manquerait plus qu’elles soient généreuses ! Féériques, vous voulez dire ! Rosa dans sa robe bleue, boa au cou, n’a rien d’une Cruella. Ses cheveux sont ébouriffés, car comme nous, ils sont électrisés et ne restent pas statiques. Le décorum bleu est envoûtant et lie les deux artistes, Nina arborant une salopette de la même couleur, en tissus de lumières. On se croit dans un conte pour enfants, nos yeux sont grands ouverts et nos oreilles toutes ouïes. C’est beau, ca dure, on est bien. Les Spill Gold renversent de l’or, elles sont nos muses du samedi qu’on voudrait encore entendre le dimanche, nos sirènes du port d’Amsterdam. J’ai un secret à vous dire, Rosa et Nina adorent la Bretagne : « c’est l’un de nos endroits préférés sur cette planète, on a rencontré des créatures magiques le long de la côte et on a aussi dégusté de véritables crêpes bretonnes ». Trop bien, on risque de les revoir dans le coin.

En 2026, Stereolab sont toujours là, fidèles à leurs racines, et des instruments il y en a !
Le groupe se compose toujours de Lætitia Sadier, la voix emblématique multi-instrumentiste (claviers, guitare et trombone) et cœur poétique du son Stereolab, de Tim Gane (guitare), fondateur et moteur créatif depuis 1990, Andy Ramsay (batterie) pilier rythmique du groupe , Joseph Watson (claviers) et Xavier Muñoz Guimera (basse et voix de soutien). Sans oublier « Cliff », la mascotte visuelle des pochettes et illustrations des années 90 qu’on retrouve sur scène estampillé sur la grosse caisse et au merchandising sur les t-shirts qu’on portait à la même époque.
Lætitia Sadier reste le point central du groupe. Elle porte à elle seule la personnalité de Stereolab, ou du moins son expression.
Heureuse d’être là et de prolonger la tournée mondiale de l’album Instant Holograms On Metal Film (2025), leur premier opus en quinze ans, elle rayonne et s’amuse tout en restant attentive aux réactions du public. On sent une forte personnalité, sincère et généreuse.
Durant ce concert, Stereolab jouent sept titres issus de ce dernier album (Aerial Troubles, Melodie Is A Wound, Immortal Hands, Vermona F Transistor, Electrified Teenybop!, Esemplastic Creeping Eruption et If You Remember I Forgot How to Dream Pt. 1), le reste de la setlist couvrant leurs classiques et morceaux cultes des années 90 à 2000, avec des titres emblématiques de Peng! (Peng! 33), Emperor Tomato Ketchup (The Flower Called Nowhere, Cybele’s Reverie), et Dots And Loops (Motoroller Scalatron, Miss Modular).
Stereolab mêlent classiques et nouveautés dans un set qui traverse toute leur carrière, toujours fidèle à ce son rétro-futuriste et hypnotique. Un vrai trip intergénérationnel où le jeune public n’hésite pas à lâcher son énergie et vibrer à fond.
Ce n’est pas pour rien que cette jeune fille posera fièrement avec la setlist récupéré en pied de scène. Champagne ! les bulles mélodiques continuent à rendre léger cette belle soirée.

Oui mais le plus ancien des spectateurs, fidèle, parmi les fidèles, veut du son qui bouge, des pogos, de la sueur et du crade.
Voilà qui tombe bien, la Route du Rock a cela dans sa besace : Humour (comme dirait Didier l’embrouille). Sauf que ceux là, ils viennent d’Ecosse et qu’ils ne sont pas là pour rigoler. Ils vont réussir, là où je ne les attendais pas : me consoler d’un chant plus que limite entendue sur l’album Learning Greek (2025). Humour est un groupe qui joue fort avec un leader le chanteur Andreas Christodoulidis qui définit leur identité et scande des paroles souvent absurdes, introspectives ou ironiques. De l’énergie brute, où chaque membre est en mouvement, sonnant les guitares nerveuses et les rythmes percutants. Eux aussi semblent apprécier le mouvement présent, gardent leur sens de l’humour, quand un puis deux spectateurs grimpent sur scène. Les énergumènes dansent mais n’embrassent pas Andreas, comme l’auraient fait les fans de Morrissey dans les années 80. La sécurité est aux abonnés absents et l’ambiance bon enfant se termine par un jeu de chat et de souris. Normal quand on a de l’Humour !

Voilà, je suis au bout de la nuit, le voyage fut une fois encore très beau. Mes deux oreilles toujours accrochées à ma vieille tête, je m’en vais, sans Dominique, heureux, comme un pêcheur à pied qui a cueilli coquillages et crustacés. Ici, c’est Saint-Malo !

Article publié également sur Sound Of Violence

A lire également

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *