DOMINIQUE A l’ANTIPODE Rennes 13 décembre 2025
« Vous êtes à bloc »?
« OUAIS!! »
« Nous aussi. mais ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi, donc on va y aller…piano! «
C’est par cet échange que débute la communication entre Dominique A et le public de la salle Antipode hier à Rennes. Il est 21h30 et le chanteur vient d’interpréter le titre « Ce geste absent« , entame d’un concert qui va durer deux heures. C’est la 51 ème représentation depuis le début de tournée en Mars dernier et si on en croit les sets-list passées, le tour de chant va emprunter une route balisée de 26 chansons.

© Magali Ruelland Antipode Rennes
Les chansons sont revisitées et généralement plus courtes avec cette organisation en trio.
Dominique A (chant & guitare) est accompagné de Julien Noël (claviers / piano) et de Sébastien Boisseau (contrebasse).
Cette formule, plus intimiste que les précédentes tournées en groupe, met l’accent sur la dynamique du son et sur l’interprétation des chansons, en revisitant son répertoire en musique tout en gardant une grande proximité avec le public.
« Il y a 30 ans j’ai joué dans ce périmètre, la MJC Cleunay en 1995 pour la sortie de mon 3ème album. Premier concert en France de la tournée, on jouait vraiment comme des patates et les gens qui faisaient le son eux aussi le faisaient comme des patates et critiquaient notre jeu directement en retour son, c’était super! » (rires).
« Je suis ravi de voir que les choses ont changé depuis. Maintenant évidemment le niveau de jeu est bien supérieur, alors est que le public s’est amélioré aussi, je ne sais pas? On ne sait pas? » (Cris) Ne soyez pas présomptueux ? En 1995 je jouais déjà ca : Le faussaire« .
L’interprétation de ce morceau, avec une guitare solitaire rattrapée par la profondeur organique de la contrebasse puis un piano au jeu minimaliste et répétitif, représente parfaitement le ressenti du spectateur.
Celui ci est suspendu à la voix de Dominique A et enveloppé dans un cocon de notes qui prolonge la musique en expérience cinématographique imaginaire.
L’esprit court sur « Valparaiso » et confond le son de l’archet de Sébastien Boisseau avec le chant nuptial des baleines. La ville chilienne, apparaît comme un point hors du quotidien, un lieu lointain, presque fantasmé, symbole de l’évasion espérée ce soir.
Un bouffée d’air, un espace primitif, libre, non domestiqué qu’est la foret et son « Dernier Appel« . Un dernier refuge ou nous pourrions être « immortels« .
La construction d’un album, le choix d’une set list ne se fait pas par hasard et les acclamations du public, après chaque morceaux joués, témoignent d’une alchimie parfaite. Le sens du silence des musiciens est également frappant. Ne pas jouer est un art, ne pas parler pendant les chansons est une discipline qu’il ne sera pas utile de rappeler ce soir.

© Magali Ruelland Antipode Rennes
Parler entre 2 morceaux est aussi un art que semble maitriser Dominique A, une complicité se lie.
« On a joué principalement dans des théâtres ou les gens étaient assis, ça fait bizarre, ça fait plaisir aussi de vous voir debout, j’espère que vous n’en souffrez pas trop et n’avez pas trop de problème d’arthrose? les hanches ca va? »
(Cris du public) « Faites nous danser ».
« Ce n’est pas facile, ce n’est pas ma spécialité, moi j’aime bien danser tout seul, que les gens me regardent danser ca me plait ». « Faire danser les gens, euh non! ce n’est pas mon truc, mais sur un malentendu ça peut arriver un moment donné. Avec un peu de volonté il faudra y mettre du sien. Sur la chanson suivante ca ne va pas être facile de danser, mais plus facile que sur d’autres. Donc, vous faites à votre idée, le bar est ouvert de toute façon.. »
(Cris d’un spectateur) « C’est la Bretagne! »
« Ah oui malheureusement (sourire), on y va ».

Et on y est allé , avec les chorégraphies sophistiquées de Dominique, sublimées par un jeu de lumière intimiste ou tournoyant .
Les explications de texte sur Marina Ivanovna Tsvetaeva poetesse russe, seront accompagnées d’un sifflement isolé et d’une exclamations « Nul! » et vaudront un retour taquin du chanteur expliquant que le siffleur avait tous les droits mais s’en sortirait avec une durée plus longue du morceau.
« Et les hommes et les livres tout ce qui porte un nom brûle » les larmes de la contrebasse et l’attaque progressive de la guitare électrique rend le morceau tristement contemporain et très émotionnel .
Et me voilà plongé dans la mélancolie, qui me nourrit, souvent chez Dominique A.
S’enchaîneront les titres « l’Océan, la Relève, les Eveillés » ou la nature dépeinte semble coléreuse et à la recherche de liberté. Métaphore poétique qui conduit mon imaginaire à rechercher un sens à tout cela, parfois au détriment du beau moment présent « Si la vie est jolie, qu’on se taise ».
Alors je me tais intérieurement et profites des chansons.
La version ralentie piano voix du « Music hall« , me traverse de frissons et conduit à l’hérissement instantané de mes poils, et dire que c’est le même phénomène depuis 20 ans et les 6 concerts vécus de Dominique A, quelque soit les versions déclinées.

© Magali Ruelland Antipode Rennes
Arrive, un passage plus théâtrale du concert, ou se suivent des pas de danses contemporaines (soirée ARTE), une chorégraphie posée ou Dominique joue des bras et des mains et retrouve une envie de stand up avec son sketch « rencontre à l’Hôtel » avec une comédienne des Bodin’s.
« Vous connaissez? Ils font 4 salle Liberté. On est un peu concurrent ce soir ? lui ai je dis ( Etonnement du public ) Enfin voilà soit dit en passant » .



Allez « Hasta« ! Non ce n’est pas encore l’instant de se dire au revoir, l’intemporel « Courage des oiseaux » fait s’envoler des centaines de mains qui battent ensemble. Le public, rajeunit de 30 ans, chante dans une clim glaçante.
« Les animaux » et « Le corps de ferme abandonné » me figent sur place, tant le jeu de guitare saccadé, les notes de piano hachées, complètent l’atmosphère effrayante. La lumière stromboscopique ajoute à la progression de l’effraye.
Ne perdons pas le « Sens » de cette soirée, l’accrédité photos que je suis c’est vu refuser le tirage de portrait au plus près de la scène. Un bien pour un mal et « Tout sera comme avant« , un monde sans téléphone portable ou l’argentique et sa simple pellicule 24 vues limitait le clicquement.
« Aujourd’hui braderie j’offre tout ce que j’ai , mes souvenirs aussi contre un sens à la vie ».
Un retour en 1995, nostalgique comme le titre « La fin d’un monde » qui conclu, dans une version lente, les 22 titres de ce concert et conduit le trio à s’échapper une première fois.

© Magali Ruelland Antipode Rennes
Fin du Premier set, retour tout sourire : « Ca fait plaisir une standing-ovation ! » témoignera Dominique portant la voix de son contre bassiste. « Et ca vous vaudra quelques morceaux en plus », une petite « Douceur » cachée précède en effet « l’Horizon« , titre d’un rappel inscrit sur le papier que je devine sur scène à portée de vue.
La contre basse tonne en arrière plan, le piano roule des harmonies, les baleines pointent à l’horizon et les souvenirs d’orchestrations aux instruments à vents hautbois et baguette à maillets ravivent l’envie de voir Dominique en version Rock.
Un « Merci, ce n’est pas fini ca continue » nous conduit à une dernière danse au « 22 bar« , avec « Eleor » tant les deux titres s’enchainent et renforcent l’idée que tout cela se tient.
« Avant que la vie ne se défile et qu’on rejoigne l’autre bord » il nous faut rejoindre le grand Dominique dont la voix force le respect sur ce titre poignant. Il n’en oubliera pas de remercier les techniciens sons, plateaux et l’organisation impeccable de l’Antipode.
Une dernière montée d’émotions sur le titre « Oklahoma » et les vocalises du chanteur associées à notre imaginaire nous transporte en 1932.
Il n’y a pas photo ! ( private joke accréditation ) Dominique A est toujours aussi bon.
Le Monsieur n’a rien d’un faussaire, au contraire, il continue à élever le niveau de jeu de la chanson Française et par conséquence celui de son public.
Dominique Ané, c’est notre vie en morceaux ( puisqu’il faut rendre à Caesar ce qui appartient à Caesar) , vivement le 9 ème album !



photos FOCzine.com Route du Rock 2025 la Nouvelle vague et © Magali Ruelland Antipode