And also The Trees Hydrophone 20 Mars 2026 : Sobre, élégant et tellement efficace.
C’est le moins qu’on puisse dire : certaines sensations ne s’usent pas avec le temps. Elles évoluent, se transforment, mais restent intactes dans leur intensité. Ce vendredi 20 mars, à l’Hydrophone de Lorient, And Also the Trees est venu nous le rappeler avec une élégance rare.
Justin Jones ouvre seul avant d’être rejoint par le groupe. La coupe de cheveux est impeccable, l’homme est très élégant et sa guitare très expressive. Elle ronronne telle une mandoline, un son singulier, signature sonore des And Also The Trees . De temps en temps elle échappe à son accent anglais pour conquérir des territoires plus au sud et emprunter des riffs presque flamenco. Puis le rejoignent :
Colin Ozanne, le petit jeune du groupe. Avec sa clarinette subtile, il apporte une dimension presque magique et aérienne à la musique parfois oppressante du groupe.
Grant Gordon, l’élégance anglaise, la basse souple et fluide, joue avec ses grandes mains, un groove typé post-punk influencé par The Cure et Joy Division.
Paul Hill, le discret mais fidèle compagnon depuis près de 40 ans, est le pince sans rire du groupe, l’homme de l’ombre, tapi en fond de scène. Penché sur sa batterie, mêlant finesse jazz et montées d’intensité physiques, il termine généralement debout.
Et enfin Simon Huw Jones : le grand frère, la figure de proue, le capitaine au chant incarné. Un acteur entre en scène, redingote sur chemise blanche, col tendu. Passeur de temps, montre à gousset dans la poche du blaser et gestuel théâtral.
L’ambiance est feutrée, presque hypnotique. Les guitares ciselées, les rythmiques discrètes, les textures sonores délicates composent un paysage profondément immersif. On se laisse porter, sans résistance, dans cette campagne anglaise imaginaire, à la fois mélancolique et apaisante.
L’ensemble se distingue par une grande élégance et une maîtrise toujours au service de l’émotion, sans effet gratuit.
Pendant 1h30, le groupe a déroulé un concert dense et habité, largement porté par les titres de leur dernier album. Une matière nouvelle, subtile, qui prolonge leur univers sans jamais le trahir. Sur scène, Simon et Justin Jones imposent toujours cette présence singulière : une allure intemporelle, presque irréelle, et cette manière unique de faire vivre chaque morceau comme une respiration suspendue.
Et puis, comme un point de bascule, le concert s’ancre dans une mémoire plus ancienne. La dernière partie fait la part belle aux incontournables de Virus Meadow. Là, l’émotion change de nature : plus directe, plus viscérale. Slow Pulse Boy, Gone Like the Swallows, Virus Meadow, Scarlet Arch, Shantell viennent rappeler la force intacte de ces compositions, leur capacité à traverser les décennies sans perdre de leur puissance.
Le public de Lorient, mêlant fidèles et curieux, ne s’y trompe pas. L’écoute est attentive, presque recueillie, avant de laisser place à une véritable communion sur ces derniers titres.
Ce concert confirme une évidence : And Also the Trees ne joue pas simplement sa musique, il l’habite. Et c’est sans doute là le secret de cette longévité — une fidélité absolue à une esthétique, à une atmosphère, à une émotion qui, elle, ne vieillit pas.
Simon Huw Jones et son frère Justin ont fait raisonner hier soir le passé d’une campagne anglaise devenue compagne pour beaucoup d’apprenti dandy gothique nostalgique de leurs 20 ans. Sobre, élégant et tellement efficace.








































